Président, où sont vos allié(e)s? Lettre ouverte chapitre 5

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Monsieur le Président


Je vous ai adressé il y a un an une série de lettres ouvertes vous prodiguant quelques conseils pour faire face à la crise des gilets jaunes. La lettre « chapitre 3 », datée du 19 décembre 2018, me parait à la réflexion retrouver toute son actualité dans le contexte que nous traversons ces jours-ci.

Je vous avais recommandé en substance de veiller en lançant le « Grand Débat » à gérer les attentes de toutes les parties prenantes, en vous appuyant sur des alliés pour rassembler les énergies positives autour d’un projet fédérateur, et en évitant l’ « effet tunnel » qui les épuise.

Force est de constater aujourd’hui, en dressant la « carte des partenaires » du projet de réforme des retraites que porte votre gouvernement, qu’il est plus facile de détecter parmi nos citoyens des groupes décidés à s’y opposer que des alliés.




Nous avons tout d’abord les révoltés, personnes de tous bords qui estiment être les laissés pour compte de notre société. Après avoir eu une lueur d’espoir au moment de votre élection, elles ont perdu toute confiance dans nos institutions Elles sont prêtes à bondir sur toute opportunité d’exprimer leur colère et sourdes à toute tentative d’explication des bénéfices de votre réforme;

Les révoltés amplifient la détermination des opposants, qui comprennent les nombreux bénéficiaires de régimes spéciaux, depuis les avocats jusqu'aux fonctionnaires. Les membres de ce groupe ne voient que des désavantages à votre projet de réforme. Ils poussent les organisations syndicales à s’arcbouter sur la défense des droits acquis, plutôt qu’à négocier sur la base du projet construit par votre gouvernement.

La majeure partie des citoyens restants peut être regroupée dans une catégorie « perplexes », par manque de lisibilité de la raison d’être de cette réforme complexe. Faute de pouvoir adhérer à une ambition exprimée simplement en termes de résultats attendus, nos concitoyens en sont réduits à compter les points dans des débats d’experts, mis en scène par les médias et pollués par une abondance de « fake news ».

Mais où allez-vous trouver vos alliés?
J’ai peut-être une piste à vous suggérer.
N’est-il pas déjà établi que les femmes sont globalement les moins favorisées par le système actuel et qu’elles ont, compte tenu de nos espérances de vie respectives, encore plus besoin que nous de leur retraite? N’est-il pas probable qu’elles se préoccupent plus spontanément que nous du sort de leurs enfants et petits-enfants ?
Comment pourriez-vous trouver des femmes d’influence susceptibles de devenir les ambassadrices de cette réforme?
Je suis certains que votre plus proche conseillère pourra vous y aider.

Croyez, Monsieur le Président, à ma respectueuse considération


Philippe Masson
Auteur de « Manager Humaniste » (Mydev Editions) et de « 321leaders »(Eyrolles)


Lettre ouverte au Président Macron - chapitre 3

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Monsieur le Président

Permettes-moi de vous féliciter pour le retournement que vous avez amorcé dans une situation devenue très délicate

La mobilisation des forces de l'ordre vous a permis de rétablir votre crédibilité dans l'exercice de vos responsabilités régaliennes; et votre intervention de lundi dernier a envoyé aux manifestants et aux électeurs le signal que vous étiez prêt à apporter des réponses concrètes aux besoins de justice sociale exprimés par les Gilets Jaunes et à solliciter l'avis de vos concitoyens sur de grands sujets de société.

Votre enjeu principal à ce stade va être de gérer les attentes au moment où vous lancez cette consultation citoyenne, avec trois préoccupations:

- dessiner une ambition collective qui donne envie, sans promettre la lune ni faire l'impasse sur la complexité des choix



choisir vos priorités en termes d'attentes à satisfaire, en sachant reconnaître les populations dynamiques qui peuvent se mobiliser pour votre projet collectif, les citoyens prêts à soutenir les réformes s'ils sont rassurés, et les opposants systématiques qui est inutile d'essayer de convaincre



- éviter l'effet tunnel en prenant des mesures concrètes dès la fin du processus de consultation tout en prenant le temps de la réflexion sur les choix plus complexes 

    

 Respectueusement

Philippe Masson

Président de MyDevelopment.Pro 
Auteur de "Manager Humaniste" et de "321Leaders"

Lettre ouverte au Président Macron

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Monsieur le Président,

J’ai voté pour vous, comme beaucoup d’électeurs, non pas sur la base d’un programme, mais sur la base d’une promesse - celle de réformer la France pour lui donner les meilleures chances de réussir dans un monde turbulent.

C'est le seul cap que vous devez tenir, et que vous risquez de perdre si vous ne renouez pas avec la posture qui a rendu votre promesse crédible quand vous étiez candidat « en marche »: celle d’un leader apprenant qui s’apprêtait à conduire les réformes en mode « fair process » - celui que Bonaparte pratiquait sans le savoir, mais dont il a oublié peu à peu les principes quand il est devenu Napoléon.




Comme le soulignent de plus en plus de membres de votre gouvernement et de votre majorité, le fair process nécessite de la pédagogie dans l’explication des décisions prises.  Mais, selon le Professeur  Van Der Heyden, qui a construit le modèle du Fair Process, mener à bien cette étape d’explication ne pèse que pour 20% dans la réussite d’un processus de management ou de gouvernement. Le plus important est de savoir, comme vous avez su le faire en tant que candidat, poser les bonnes questions aux bonnes personnes au bon moment:

- Se mettre à l’écoute en amont de toute décision des besoins et des préoccupations des hommes et des femmes concernés pour formuler correctement les problèmes à résoudre
- Prendre le temps d’étudier largement les options de solution, en s’entourant comme vous l’avez fait d’une diversité d’avis pour ne pas tomber dans le piège de la pensée unique
- Rester pendant la mise en oeuvre des décisions à l’écoute des problèmes rencontrés par les acteurs de terrain
- Et enfin, ne jamais faire l’économie du processus d’évaluation des résultats qui permet aux leaders d’apprendre de leurs expériences, y compris de leurs échecs.

Le prix à payer est peut-être d’accepter, comme le font les marins, de louvoyer pour s’adapter aux imprévus de la météo, sans pour autant perdre le cap de leur course.

Alors, je me réjouis que votre gouvernement ait décidé de donner le temps au temps de "suspendre son vol", en suspendant quelques décisions certes importantes mais pas forcément urgentes telles que la vérité des prix dans le domaine des énergies et en proposant aux "Gilets jaunes" de participer avec les corps intermédiaires à un processus de consultation sur la fiscalité.

Mais il manque à ces annonces un ingrédient essentiel: comment regagner la confiance des manifestants et de leurs supporters silencieux, qui continuent à se sentir abandonnés et incompris par les élites, et qui ont donc le sentiment que vous avez trahi votre promesse électorale?

C'est à vous, Monsieur le Président, qu'il appartient d'expliquer aux Français, en termes simples, que vous avez compris leurs préoccupations, que la consultation populaire portera sur les conditions de mise en place d'une fiscalité plus redistributive dont vous approuvez le principe, et plus largement sur la répartition des richesses et de l'accès aux services publics.

Vous devrez démontrer votre détermination par un geste de bonne volonté - coup de pouce au SMIC? - en en profitant pour expliquer de façon pédagogique les options entre lesquelles il faudra choisir - pour ne pas pénaliser par l'inflation des coûts salariaux  la croissance à moyen terme. 

Vous devrez montrer aux manifestants qu'aucune des revendications qu'ils ont exprimées ne sera ignorée, même si elles ne seront pas toutes traitées au même moment et de la même façon, et qu'ils auront leur mot à dire, d'une manière ou de l'autre, dans les arbitrages que nous allons devoir faire entre solidarité, prospérité économique, et responsabilité écologique.

Faute de donner un signal symbolique du "message reçu" et de définir dès maintenant l’agenda des consultations à venir, en veillant à ce qu’il fasse échos aux souffrances exprimées par les « Gilets Jaunes » , je crains que le dialogue de sourds se poursuive et que l’Acte 4 se passe très mal.

Respectueusement,

Philippe Masson

Président de MyDevelopment.pro
Auteur de « Manager Humaniste » et de « 3-2-1Leaders »